Bon depuis trois mois que nous vivons dans un mode de vie complètement différent de ce que nous vivons à terre. C’est une mode de vie que nous avons apprivoisé lentement car ça prend un certain temps à s’y habituer. Certains disent de deux à trois mois et je confirme ce délai.
Un plaisancier me demandait dernièrement quel jour de la semaine nous étions. Il a fallu que je réfléchisse fort pour y répondre et je n’étais pas certain de ma réponse. J’inscris même le jour de la semaine sous la date dans le journal de bord pour m’aider à me repérer.
Notre amie Mona nous disait il y a quelques jours que les dimanches sont comme les lundis. J’ai trouvé cette observation bonne car effectivement, je me suis rendu compte que je ne distinguais plus les jours de la semaine.
Tous les jours de la semaine sont pareils.
Lorsque nous sommes à terre (i.e. au travail), le vendredi est une journée spéciale car nous sommes contents que la fin de semaine arrive. Le samedi passe tellement vite parce que nous avons plein de chose à faire et le dimanche arrivé, nous commençons à penser au lundi qui arrive trop vite.
Et bien pour nous, tous les jours ressemblent. J’avoue que ça fait du bien de vivre cette expérience temporelle. Pensez-y!
J’ai hâte de partir. J’ai hâte d’être arrivé. J’ai hâte qu’il fasse beau, J’ai hâte à ci. J’ai hâte à ça. Avez-vous remarqué que dans la vie, on a souvent hâte à quelque chose.
Un jour, je disais à un ami à la retraite depuis plusieurs années “j’ai hâte à ma retraite”. Il me répondit “Je voudrais bien avoir ton âge et travailler. Car à mon âge, on essaie de ne plus avoir hâte. Le temps passe si vite qu’avoir hâte, ça nous fait perdre du temps précieux”.
Cette réflexion m’a beaucoup touché. Je me disais, “C’est vrai qu’avoir toujours hâte, ça fait perdre le plaisir du moment présent”. Je me demande si le besoin d’avoir hâte ne démontre pas que nous perdons du temps précieux à faire quelque chose que nous n’aimons pas?
L’an passé, j’avais hâte de partir en voyage. Lorsque nous sommes partis en août, j’avais hâte d’être au lac Ontario. Nous étions au lac Ontario, j’avais hâte d’être dans la baie de Chesapeake. Je suis dans la baie de Chesapeake, j’ai.... Non!
Cette réflexion m’est revenue et je me suis dit qu’il était temps de mettre en pratique la réflexion de mon ami. J’avoue que ce c’est moins difficile à faire lorsque nous sommes en congé pour une longue période.
Avoir hâte, c’est désirer qu’un futur plaisant devienne le présent. Mais compte tenu que le présent dure infiniment moins longtemps que le passé ou le futur. Vaut mieux se faire souvent des moments présents plaisants. Donc au lieu de se dire “j’ai hâte” on devrait se dire “que faire maintenant pour que ce soit agréable”.
Eh bien, il faut se donner une discipline. Eh oui! Une discipline de pratiquer le plaisir permanent. Pas facile peut-être. Mais pratiquer au quotidien que ses pensées, ses décisions et ses actions sont faites en fonction d’une vie plus agréable est une pratique aussi bonne que n’importe quelle autre.
Plusieurs d’entre nous se donnent des objectifs dans la vie comme avoir un bon compte de banque pour sa retraite, avoir une grosse maison (ou un gros bateau), courir le marathon, ou être reconnu par les autres. Ces objectifs nous font avoir hâte et il est possible qu’en cours de route, nous nous rendons malheureux à vouloir atteindre un tel objectif. Pourquoi ne pas faire en sorte que même en voulant atteindre un objectif, nous pouvons vivre au quotidien le plaisir d’atteindre cet objectif. Je pense que c’est une question d’attitude face à tous les événements du quotidien (que nous soyons en congé comme nous ou dans la vie habituelle) qui peut faire en sorte que le plaisir se trouve partout sur la route de notre futur désiré. Et une fois que ce futur désiré est arrivé, l’objet du “J’ai hâte”, nous sommes en mesure d’en profiter encore mieux.
Le moyen que j’ai trouvé pour appliquer cette discipline du moment présent plaisant est de voir la vie comme un jeu. Je fais un parallèle avec les jeux virtuels que les jeunes (et moins jeunes) jouent sur leur ordinateur et le jeu de la vie. Quoique le jeu de la vie est immensément plus complexe, il y a vraiment des similitudes intéressantes entre les deux. Dans son jeu virtuel, le jeune a du plaisir à éviter de se faire blesser ou tuer et de gagner des points dans le but gagner la partie. Moi, mon jeu est d’essayer d’éviter les difficultés qui m’empêcheraient de cumuler des points de plaisir. Alors plus je cumule des points de plaisir, plus je suis heureux.
Croyez-moi, la vie peut être un jeu. Alors allez-vous amuser à cumuler des points de plaisirs. Il y en a partout... ;-) Pensez-y!
Voici une anecdote qui montre comment les choses sont relatives non seulement d’un individu à l’autre, mais aussi pour un même individu en fonction des circonstances.
Une des plus grandes préoccupations d’un voyageur en bateau est le réapprovisionnement en nourriture. Donc à chaque endroit où nous nous arrêtons, nous cherchons les épiceries les plus proches car nous sommes à pied. Vous essaierez de faire votre épicerie sans voiture. Vous allez comprendre de quoi je parle. J’ai l’impression que je vais revenir à Québec et que les bras m’auront rallongé de 6 pouces.
Depuis notre départ de Québec, les épiceries que nous avons dans un rayon de 15 à 20 minutes à pied dans les villes et villages où nous passons ne sont pas toujours de la grosseur des Provigo, IGA, Métro auxquels nous sommes habitués.
Donc, nous étions à Amsterdam dans l’État de New York avant-hier. Eh oui, ici dans l’État de New York, les villes portent des noms comme Rome, Amsterdam, Troy, Berlin, Rotterdam, Nasseau. Je conviens avec France d’aller à la plus proche du quai où nous sommes amarrés. Un guide de croisière que nous avons acheté par hasard donne le chemin pour s’y rendre. Je prends mes pattes et d’un pas pressé, je réussi à trouver l’épicerie en question. Je constate en arrivant dans le stationnement qu’il s’agit de quelque chose de gros. Je m’empresse d’y arriver au plus vite car le début d’une excitation me gagne.
Wow! quand je mets les pieds dans ce super marché, je deviens tout énervé. Je me suis senti comme un enfant qui entrait pour la première fois dans un Toys”R” Us. Vraiment, c’était tellement grand, il y avait tellement de choix, que je ne savais où donner de la tête.
J’ai pris mon temps pour faire le tour de toutes les allées et remplir le panier. J’ai même appelé France pour lui faire part de mon enthousiasme et que je pouvais prendre un peu plus de stock. Pas besoin de vous dire que j’avais trop pris de bouffe et que la marche a été fatigante.
Ceux qui me connaissent peuvent voir comment cet enthousiasme pour un super marché n’est pas naturel pour moi. Je pourrais toujours m'excité un peu dans un West Marine. Mais m’énerver pour un super marché, là, ce n’est pas dans mes cordes. D’ailleurs, si je n’avais vécu cette expérience et que vous me disiez qu’un super marché vous a excité, je me poserai des questions sur vous.
Bon, comment un super marché peu devenir excitant pour un boater? C’est que depuis quelques semaines, les endroits que nous allons faire notre épicerie correspondent soit à des dépanneurs ou de très petites épiceries de village de 700 personnes. Là, je pense à l’épicerie de Cape Vincent ou il y avait un peu de tout, mais tu fais le tour de toutes les allées en 5 minutes. Leurs paniers sont même très petits. Je repense à Minetto, Brewerton ou lorsque qu’on demandait à un résident de la place où est l’épicerie la plus proche et on nous répond “There’s no grocery here. You can find a Convenience Store over there”. Un “Convenience Store” correspond à un dépanneur ou parfois une station service. Imaginez une minute de faire votre épicerie dans un dépanneur. Vous sortirez avec plus de chips et bières que bien d’autre chose.
Alors, vous pourrez peut-être comprendre qu’on peut s’exciter avec un vrai super marché où faire le tour des allées peut prendre une heure et que chaque type d’aliments vous est offert dans une multitude de marques et de formats. Et finalement, vous aurez la chance de faire le plein d’une variété d’aliments à laquelle nous sommes habitués en tant que terrien choyé... Pensez-y!
Récemment, nous avons appris une mauvaise nouvelle concernant un de nos amis "boater" qui vient de se faire annoncer qu’il est atteint d’un cancer. Il est à sa retraite depuis peu. Lui et son épouse ont passé l’hiver dernier dans le sud à bord de leur voilier. Cela nous touche beaucoup car c’est un couple sympathique qui ne mérite pas de vivre une telle épreuve.
C’est une période difficile pour eux et nous souhaitons de tout coeur que cette dure épreuve laisse place encore à des moments doux et magiques.
Je n’ai pas de statistiques qui appuie ce que j’observe, mais je trouve que ce genre de d’événement qui oblige à mettre des grands projets de côté arrivent de plus en plus souvent aux jeunes retraités. Et les plaisanciers ne sont pas épargnés.
Je connais plusieurs personnes qui sont devenues malades pas longtemps après avoir pris leur retraite. J’avoue que ces personnes ont grandement influencé ma décision de prendre un congé sabbatique d’un an pour vivre une forme de liberté que je ne peux avoir lorsque je suis au travail. En fait, à chaque fois que j’apprenais qu’un tel événement arrivait à une personne de mon entourage immédiat ou lointain, ça me motivait à travailler et investir sur ce projet de voyage en voilier dans le sud.
Moi et France pensons souvent à notre ami (et nous avons du temps pour penser...). Ça me fait réfléchir sur la vie, ça m’invite à essayer de comprendre et d’expliquer de tels phénomènes. J’ai l’impression que ce genre d’épreuve se jette au hasard. Ça frappe n’importe qui et n’importe quand. La variable “justice” ne fait pas partie de l’équation de la vie c’est certain.
Alors devant l’impossibilité de comprendre cette partie de l’équation de la vie, j’ai adopté une philosophie axée sur le moment présent et sur le plaisir. Ainsi, j’essaie et je dis bien "j’essaie" de cultiver le plaisir de vivre à chaque moment présent. Ceux qui me connaissent depuis longtemps savent que que je suis épicurien de longue date. Ce que j’ai ajouté au fil des années, c’est de vivre au présent le plus souvent possible. De faire que chaque instant présent soit agréable (sans que je rende les moments aux autres désagréables, bien entendu).
Ce qui me rassure, c’est que plus je vieilli, plus j’ai la possibilité de contrôler les variables me permettant d’appliquer ma philosophie. Au moins, si un mauvais hasard se jette sur moi, je pourrais dire que j’en ai profité.
Pour terminer, moi et France transmettons nos pensées les plus positives à notre ami et à sa famille.
Je suis en vacances depuis le 11 juillet et pourtant, j'ai l'impression d'avoir été à la course comme d'habitude, depuis des années. Heureusement qu'il me reste un peu plus de 12 mois de vacances pour prendre un rythme un peu plus relaxe ou j'aurais le temps de ne rien faire. ;-)
Ça vous écœure un peu. C'est ce que je veux. Si j'en suis là, c'est parce qu'ils y a eu des gens avant moi qui m'ont inspirés à prendre cet arrêt, ce congé sabbatique. À voir qu'il y a autre chose que la vie normale. À voir que l'aventure que chaque jour nous apporte peut-être une source d'inspiration et de ressourcement.
Pour l'instant, nous cherchons un rythme de vie moins pressé de partir d'un endroit pour arriver à un autre. Je pense que nous commençons à comprendre et à appliquer ce qu'on nous a déjà dit bien des fois. Ce qui compte, ce n'est pas la destination mais tout le voyage comme tel avec toutes ses étapes, tous ses endroits, tous ces gens intéressants. L'objectif que nous avions de passer le mois d'août au Lac Ontario n'est plus important puisque même ici à Valleyfield, nous pouvons trouver les moments de plaisirs que nous recherchons et trouver les moments de repos que nous avons besoin. Donc, depuis que nous sommes à Valleyfield, nous avons décidé de ne plus nous presser pour arriver à la prochaine destination.
Nous avons décidé de faire des petites journées de navigation, de rester aux beaux endroits si cela nous chante. J'ai constaté qu'entre le rêve de partir en croisière en voilier et la réalité, il y a un écart. Sûrement que l'écart diminuera avec le temps puisque nous avons encore beaucoup de chose à organiser dans le bateau, beaucoup de petits travaux que nous n'avons pas eu le temps faire avant le départ et bien d'autres petites surprises que l'environnement marin fait subir à notre voilier. Enfin, de quoi pour nous occuper un peu afin de ne pas devenir trop paresseux...